Avertir le modérateur

« Au-delà des Buttes Chaumont, les immeubles | Page d'accueil | Sur les ponts, de Paris, on y marche, on y roule... »

mardi, 22 janvier 2008

Le Jeu de Paume à l’ère numérique

« Comment font ces artistes pour vivre de leur art ? ». Je ressasse régulièrement cette interrogation lorsque je visite des expositions ultra avant-gardistes. Non pas que le travail présenté soit laid ou manque d’originalité, mais précisément parce que la créativité des « génies » en question est si exacerbée et si conceptuelle, qu’elle en devient… inaccessible !

Hier encore, j’étais en compagnie de M et S (mes copines, pas les cacahouètes enrobées de chocolat) au Jeu de Paume, Place de la Concorde, pour assister au vernissage d’une exposition de Eija-Liisa Ahtila. La dame est finlandaise et définie ses œuvres comme des « drames humains », mis en scène grâce à la vidéo, aux images numériques et au cinéma. Passe encore que nous ressemblions à trois pauvres hères (les gens de ce milieu, branchés au-delà de la branchitude, possèdent généralement 49 saisons d’avance côté vestimentaire).

Passe encore que qu’il y ait peu de champagne (et pas de petits fours). En revanche, comment peut-on devenir riche en exposant des « tensions intérieurs extrêmes et des communications perturbées où la distinction entre réel et imaginaire n’a plus cours » ? La théorie de S : « Elle est mariée avec un type blindé ». S a sans doute raison et j’ose aller plus loin : en plus d’avoir épousé un type blindé, Eija-Liisa Ahtila a du talent. Parce qu’elle sait retranscrire des tragédies historiques en séquences fragmentées, diffusées en simultané sur quatre écrans, disposés sur quatre murs. Parce qu’elle sait évoquer la douleur du divorce en décrivant à la fois le récit, et les détails sur lesquels on ne s’attarde d’habitude pas. Parce qu’elle sait traduire en images le drame psychologique que vivent les psychotiques. Parce qu’elle sait nous toucher en détournant des sujets ordinaires.

Ainsi, moi qui ai tendance à penser que pour faire du fric, il faut toucher le pus grand nombre, j’ai tout faux : l’art de s’en foutre plein les poches appartient aux artistes de qualité qui se lèvent tôt et qui ont les élites dans leurs poches.

Rendez-vous sur Hellocoton !

22:10 Écrit par Sheily Parisienne dans Ne pas manquer! | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : exposition, eija-liisa ahtila, film, jeu de paume, numérique, paris |

Commentaires

"les gens de ce milieu, branchés au-delà de la branchitude, possèdent généralement 49 saisons d’avance côté vestimentaire"

Ah ah! Cette phrase m'a bien fait rire. D'une manière générale, j'aime l'humour de tes textes, souvent loufoque mais jamais méchant. En plus, tu sais te moquer du milieu de l'art plastique tout en restant ouverte d'esprit à ces choses a priori inaccessibles. Personnellement, j'ai souvent du mal avec les trucs purement conceptuels où il faut la notice pour tout saisir. Mettons les pieds dans le plat: j'aurais parfois envie de dire que le foutage de gueule n'est pas loin, mais il y a aussi les artistes intuitifs. J'avais vu au festival Nemo une projection des films de Eija-Liisa Ahtila et j'avais beaucoup aimé. Les oeuvres sur les personnages malades ou décalés me touchent beaucoup.

Écrit par : cedroide | mardi, 25 mars 2008

En fait, je considère que toute démarche artistique est le fruit d'un travail généralement long et douloureux. Par conséquent, je tente de comprendre le cheminement de toute oeuvre, même si en apparence elle semble inaccessible. Je ne parviens pas toujours à saisir l'essence, mais ma philosophie m'amène à penser que ce n'est par parce que je ne comprends pas qu'il soit nécessaire de dénigrer. Je ne possède pas la sensibilité universelle (et heureusement d'ailleurs qu'elle n'existe pas).
Et je suis ravie de voir que l'on partage le même point de vue sur les oeuvres d'Eija sur les personnages malades ou décalés. Je dirais même que son point de vue décalé sur la maladie ou le malheur est à la fois inatendu et tellement évocateur...

Écrit par : Sheily | mardi, 25 mars 2008

"Ma philosophie m'amène à penser que ce n'est par parce que je ne comprends pas qu'il soit nécessaire de dénigrer."

Complètement d'accord là dessus. J'irais même plus loin: dès que je suis intrigué, dépassé, qu'il y a du mystère, ça m'intéresse. Ce qui me gêne, ce sont plutôt les oeuvres qui ne titillent ni mes sens ni mon esprit, qui semblent plus être le fruit de l'arbitraire que d'une intention quelconque.

Dans ces cas-là, j'ai l'impression que l'artiste met un point d'honneur à ne pas vouloir "me parler", ou à parler devant moi une langue qu'il sait pertinemment que je ne peux pas comprendre. Il y a alors deux interprétations possibles. Soit je me dis qu'il veut me faire découvrir cette langue nouvelle pour moi (et à la limite pourquoi pas), soit je me demande pourquoi, s'il veut vraiment me dire quelque chose qui lui tient à coeur, il n'utilise pas un langage qui nous serait commun (ce serait tellement plus simple - je suis partisan de la simplicité).

En tous les cas, ce que je n'aime définitivement pas, c'est le degré-zéro de l'art contemporain. Du genre: une botte en caoutchouc accrochée à un mur avec un joli cadre doré autour, un titre du genre "Pensée matinale" et un prix affiché avoisinant les 200 000 euros. Autre exemple (véridique, vu dans un festival) un truc d'art-vidéo qui consiste à faire se répéter pendant 20 minutes une scène de 5 secondes, le tout justifié par un programme-slogan (écrit sur le dépliant): "Faire la guerre au spectateur". Personnellement, je ne vais pas dans les musées ou dans une salle obscure pour qu'on me fasse la guerre.

Écrit par : cedroide | mercredi, 26 mars 2008

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu